{"id":53800,"date":"2026-08-04T12:08:57","date_gmt":"2026-08-04T16:08:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.millerthomson.com\/?p=53800"},"modified":"2026-08-10T13:32:15","modified_gmt":"2026-08-10T17:32:15","slug":"la-spoliation-apres-larret-ssc-technologies-la-cour-supreme-du-canada-redefinit-le-droit-de-la-destruction-de-la-preuve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.millerthomson.com\/fr\/perspectives-juridiques\/litige-commercial\/la-spoliation-apres-larret-ssc-technologies-la-cour-supreme-du-canada-redefinit-le-droit-de-la-destruction-de-la-preuve\/","title":{"rendered":"La spoliation apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat <i>SS&#038;C Technologies<\/i>\u00a0: la Cour supr\u00eame du Canada red\u00e9finit le droit de la destruction de la preuve"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans tous les recours civils, la preuve est fondamentale. Lorsque des \u00e9l\u00e9ments de preuve pertinents disparaissent, les tribunaux se heurtent \u00e0 une emb\u00fbche de taille&nbsp;: comment parvenir \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 si une partie a d\u00e9truit l\u2019information dont ils ont besoin\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un <a href=\"https:\/\/www.millerthomson.com\/fr\/perspectives-juridiques\/litige-commercial\/quadvient-il-lorsque-des-preuves-sont-detruites-spoliation-de-la-preuve-mecanismes-de-reparation-et-decision-attendue-de-la-cour-supreme-du-canada\/\"><em>pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;article<\/em><\/a>, nous avons dress\u00e9 l\u2019\u00e9tat du droit de la spoliation au Canada et soulign\u00e9 que l\u2019imminente d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame dans l\u2019affaire <em>SS&amp;C Technologies Canada&nbsp;Corp.&nbsp;c.&nbsp;Bank of New York Mellon&nbsp;Corp. <\/em>constituait l\u2019occasion id\u00e9ale pour apporter des \u00e9claircissements. La Cour a maintenant rendu sa d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 31\u00a0juillet\u00a02026, la Cour supr\u00eame du Canada (la \u00ab\u2009<strong>Cour<\/strong>\u2009\u00bb) a publi\u00e9 sa d\u00e9cision dans l\u2019affaire <a href=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/ca\/csc\/doc\/2026\/2026csc29\/2026csc29.html\" type=\"link\" id=\"https:\/\/www.canlii.org\/fr\/ca\/csc\/doc\/2026\/2026csc29\/2026csc29.html\"><em>SS&amp;C Technologies Canada\u00a0Corp.\u00a0c.\u00a0Bank of New York Mellon\u00a0Corp.<\/em>, 2026\u00a0CSC\u00a029<\/a>, sa premi\u00e8re dans le domaine de la spoliation de la preuve en plus d\u2019un si\u00e8cle, depuis l\u2019arr\u00eat <a href=\"https:\/\/canlii.ca\/t\/ggx4p\" type=\"link\" id=\"https:\/\/canlii.ca\/t\/ggx4p\"><em>St.\u00a0Louis\u00a0v.\u00a0The Queen<\/em>, 1896\u00a0CanLII\u00a065 (CSC)<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet arr\u00eat apporte enfin les balises claires que le milieu juridique attendait depuis longtemps. Dans une d\u00e9cision unanime, la Cour a \u00e9tabli un crit\u00e8re pr\u00e9cis \u00e0 quatre volets pour d\u00e9montrer la spoliation. Elle a par ailleurs confirm\u00e9 qu\u2019il faut tirer des conclusions d\u00e9favorables d\u00e8s que la spoliation est \u00e9tablie. Elle a \u00e9galement \u00e9largi la gamme des m\u00e9canismes de r\u00e9paration possibles, puis a d\u00e9fini des principes pour concevoir ces derni\u00e8res. La Cour a toutefois choisi de ne pas se prononcer, pour le moment, sur deux questions majeures, \u00e0 savoir si la destruction n\u00e9gligente devrait constituer une spoliation et si la spoliation devrait \u00eatre reconnue comme un d\u00e9lit distinct.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les principes \u00e9tablis en spoliation de la preuve<\/h2>\n\n\n\n<p>Comme nous l\u2019avons \u00e9nonc\u00e9 dans notre pr\u00e9c\u00e9dent article, la spoliation de la preuve signifie la destruction intentionnelle d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve pertinents dans un litige en cours ou \u00e0 venir (<a href=\"https:\/\/canlii.ca\/t\/21bl9\" type=\"link\" id=\"https:\/\/canlii.ca\/t\/21bl9\"><em>McDougall\u00a0v.\u00a0Black &amp; Decker Canada\u00a0Inc.<\/em>, 2008\u00a0ABCA\u00a0353<\/a>). Lorsqu\u2019il est prouv\u00e9 qu\u2019une partie a intentionnellement d\u00e9truit une preuve, il y a alors une pr\u00e9somption r\u00e9futable selon laquelle la preuve aurait nui \u00e0 cette partie. Celle-ci doit alors d\u00e9montrer que, bien qu\u2019intentionnelle, la destruction n\u2019avait pas pour objectif de jouer sur l\u2019issue du litige (<em>St. Louis v<\/em>.\u00a0<em>The Queen<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Une incertitude consid\u00e9rable a persist\u00e9 malgr\u00e9 ce cadre g\u00e9n\u00e9ral. Il y avait divergence d\u2019opinions chez les tribunaux sur la question de savoir s\u2019ils devaient obligatoirement ou non tirer des conclusions d\u00e9favorables devant une preuve de spoliation. La port\u00e9e des m\u00e9canismes de r\u00e9paration possibles n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9finie. En outre, les tribunaux de premi\u00e8re instance s\u2019\u00e9taient demand\u00e9, sans arriver \u00e0 une r\u00e9ponse, si la n\u00e9gligence ou l\u2019imprudence pouvait ouvrir la porte \u00e0 un cas de spoliation, et si cette situation pouvait constituer une cause d\u2019action ind\u00e9pendante.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame dans l\u2019affaire <em>SS&amp;C<\/em> r\u00e9pond \u00e0 plusieurs de ces questions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les faits<\/h2>\n\n\n\n<p>Le litige trouve son origine dans une convention de licence de donn\u00e9es au titre de laquelle l\u2019appelante fournissait \u00e0 l\u2019intim\u00e9e des donn\u00e9es exclusives sur les prix de valeurs mobili\u00e8res. La convention interdisait \u00e0 l\u2019intim\u00e9e de redistribuer ces donn\u00e9es \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s affili\u00e9es ou \u00e0 toute autre entit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, l\u2019appelante a appris plus tard que l\u2019intim\u00e9e aurait diffus\u00e9 ces donn\u00e9es au sein de soci\u00e9t\u00e9s de son groupe pendant plusieurs ann\u00e9es. L\u2019appelante a alors exig\u00e9 la pr\u00e9servation des documents qui d\u00e9montraient l\u2019utilisation et la redistribution des donn\u00e9es. Malgr\u00e9 cette exigence et un recours judiciaire imminent, l\u2019intim\u00e9e n\u2019a ni pr\u00e9serv\u00e9 ni transmis l\u2019information sur l\u2019utilisation des donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le juge de premi\u00e8re instance a conclu \u00e0 une violation de la convention, sans toutefois d\u00e9clarer express\u00e9ment qu\u2019il y avait eu spoliation, et sans trancher la question de savoir si celle-ci constitue un d\u00e9lit distinct. Il a tir\u00e9 deux conclusions d\u00e9favorables \u00e0 partir du d\u00e9faut de pr\u00e9servation des documents&nbsp;: (1)&nbsp;des entit\u00e9s non autoris\u00e9es autres que la CIBC Mellon avaient utilis\u00e9 les donn\u00e9es non comptabilis\u00e9es, et (2)&nbsp;l\u2019utilisation des donn\u00e9es n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 <em>de minimis<\/em>. Il a ensuite retenu une \u00ab\u2009approche proportionnelle\u2009\u00bb pour calculer les dommages-int\u00e9r\u00eats, accordant \u00e0 SS&amp;C la somme de 5\u2009696\u2009850&nbsp;$&nbsp;US.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario a tir\u00e9 une conclusion expresse de spoliation \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019intim\u00e9e, ajoutant que la conduite de cette derni\u00e8re [traduction]&nbsp;\u00ab\u2009t\u00e9moignait d\u2019un m\u00e9pris flagrant envers le syst\u00e8me de justice\u2009\u00bb. La Cour d\u2019appel a augment\u00e9 de 44&nbsp;\u00e0&nbsp;65 le nombre d\u2019entit\u00e9s non autoris\u00e9es ayant utilis\u00e9 les donn\u00e9es, tout en confirmant le montant des dommages-int\u00e9r\u00eats accord\u00e9 par le juge de premi\u00e8re instance.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appelante a fait valoir que cette d\u00e9cision accordait \u00e0 l\u2019intim\u00e9e un gain inattendu pouvant atteindre 145\u2009000\u2009000&nbsp;$&nbsp;US par rapport aux dommages-int\u00e9r\u00eats r\u00e9clam\u00e9s, et a ajout\u00e9 que la destruction de la preuve pouvait s\u2019av\u00e9rer une tactique proc\u00e9durale rentable.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame<\/h2>\n\n\n\n<p>La Cour a accueilli le pourvoi de l\u2019appelante \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. La Cour n\u2019a pas remis en question la conclusion de la Cour d\u2019appel disant que l\u2019intim\u00e9e avait commis une spoliation. Elle a plut\u00f4t relev\u00e9 des erreurs de droit et des erreurs manifestes et d\u00e9terminantes dans l\u2019\u00e9valuation des dommages-int\u00e9r\u00eats par le juge de premi\u00e8re instance, puis a renvoy\u00e9 le dossier \u00e0 la Cour sup\u00e9rieure de justice aux seules fins de revoir le montant des dommages-int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous allons maintenant relater les principales conclusions de la Cour.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Un crit\u00e8re clair \u00e0 quatre volets pour la spoliation<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>La Cour a \u00e9labor\u00e9 un crit\u00e8re d\u00e9finitif \u00e0 quatre volets auquel une partie doit satisfaire pour \u00e9tablir la spoliation, selon la pr\u00e9pond\u00e9rance des probabilit\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol start=\"1\" class=\"wp-block-list\">\n<li>les \u00e9l\u00e9ments de preuve ont \u00e9t\u00e9 intentionnellement d\u00e9truits, modifi\u00e9s, ab\u00eem\u00e9s ou dissimul\u00e9s\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>au moment de la destruction, le litige \u00e9tait en cours ou raisonnablement envisag\u00e9\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>les \u00e9l\u00e9ments de preuve se rapportaient au litige en question\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>il est raisonnable d\u2019inf\u00e9rer que les \u00e9l\u00e9ments de preuve ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits pour nuire au d\u00e9roulement de l\u2019instance.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Conclusions d\u00e9favorables obligatoires<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Voici peut-\u00eatre l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important \u00e0 retenir de cette d\u00e9cision\u00a0: lorsque la spoliation est d\u00e9montr\u00e9e et que la pr\u00e9somption n\u2019est pas renvers\u00e9e, les tribunaux doivent tirer des conclusions d\u00e9favorables contre la partie fautive.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, la Cour a \u00e9tabli une distinction essentielle entre l\u2019obligation de tirer une conclusion d\u00e9favorable, qui n\u2019est pas discr\u00e9tionnaire, et la teneur ou l\u2019\u00e9tendue de cette conclusion, qui reste \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation du tribunal, d\u2019apr\u00e8s les circonstances. Le juge du proc\u00e8s conserve son pouvoir discr\u00e9tionnaire de d\u00e9cider <em>de quelle fa\u00e7on<\/em> et <em>dans quelle mesure<\/em> la preuve d\u00e9truite aurait jou\u00e9 contre la partie en cause, mais il <em>doit<\/em> tirer une conclusion.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Rejet de l\u2019approche de la \u00ab\u2009sanction maximale\u2009\u00bb<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>La Cour a express\u00e9ment rejet\u00e9 l\u2019argument de l\u2019appelante voulant que les tribunaux soient tenus de tirer la conclusion d\u00e9favorable la plus lourde possible en cas de spoliation. Il faut plut\u00f4t adapter les m\u00e9canismes de r\u00e9paration au pr\u00e9judice r\u00e9el et au niveau de responsabilit\u00e9 en cause. Selon la Cour, cette approche proportionn\u00e9e va de pair avec la jurisprudence canadienne sur l\u2019abus de proc\u00e9dure, les r\u00e8gles provinciales de proc\u00e9dure civile ainsi qu\u2019avec les pratiques suivies dans d\u2019autres pays de common law, dont l\u2019Angleterre, l\u2019Australie et les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Une large gamme de m\u00e9canismes de r\u00e9paration<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>La Cour a aussi confirm\u00e9 qu\u2019il existe d\u2019autres m\u00e9canismes de r\u00e9paration que les conclusions d\u00e9favorables en cas de spoliation. Il existe une gamme \u00e9tendue et non limitative de m\u00e9canismes auxquels les tribunaux peuvent recourir, notamment&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>une conclusion d\u00e9favorable quant \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>des sanctions proc\u00e9durales\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>des d\u00e9clarations d\u2019outrage au tribunal\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>des ordonnances de frais d\u2019indemnisation substantiels\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>l\u2019exclusion d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve, y compris de rapport d\u2019experts\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>des ordonnances de dommages-int\u00e9r\u00eats punitifs\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>des ordonnances de conservation\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>des injonctions interlocutoires\u2009;<\/li>\n\n\n\n<li>la radiation d\u2019actes de proc\u00e9dure, s\u2019il y a lieu.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La Cour a aussi dress\u00e9 une liste non exhaustive de facteurs \u00e0 consid\u00e9rer dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un m\u00e9canisme de r\u00e9paration&nbsp;: le niveau de culpabilit\u00e9 de la partie destructrice, le but ou le motif de la destruction des \u00e9l\u00e9ments de preuve, le pr\u00e9judice caus\u00e9 \u00e0 la partie non destructrice et l\u2019incidence de la destruction des \u00e9l\u00e9ments de preuve sur la capacit\u00e9 du tribunal de trancher \u00e9quitablement les questions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Erreurs du juge de premi\u00e8re instance<\/h2>\n\n\n\n<p>En appliquant ces principes aux faits de l\u2019affaire, la Cour a estim\u00e9 que les deux conclusions d\u00e9favorables que le juge de premi\u00e8re instance avait tir\u00e9es \u00e9taient \u00ab\u2009faibles et incompl\u00e8tes\u2009\u00bb. Elles ne faisaient essentiellement que r\u00e9p\u00e9ter ce que l\u2019intim\u00e9e avait d\u00e9j\u00e0 reconnu ou ce qui ressortait d\u00e9j\u00e0 de la preuve, \u00e0 savoir que des entit\u00e9s non autoris\u00e9es avaient utilis\u00e9 les donn\u00e9es de l\u2019appelante et que cette utilisation n\u2019\u00e9tait pas <em>de minimis<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour a ajout\u00e9 que, sans explication contraire de l\u2019intim\u00e9e, le juge pouvait l\u00e9gitimement conclure que les \u00e9l\u00e9ments de preuve manquants \u00e9taient \u00ab\u2009aussi pr\u00e9judiciables qu\u2019ils pouvaient raisonnablement l\u2019\u00eatre \u00e0 la cause de [l\u2019intim\u00e9e]\u2009\u00bb. Ainsi, il pouvait conclure que chacune des 65&nbsp;entit\u00e9s non autoris\u00e9es avait exploit\u00e9 l\u2019ensemble des donn\u00e9es auxquelles l\u2019intim\u00e9e avait acc\u00e8s. En revanche, il est possible de tirer des conclusions moins s\u00e9v\u00e8res, \u00e0 condition de les expliquer.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour a aussi jug\u00e9 que l\u2019\u00ab\u2009approche proportionnelle\u2009\u00bb retenue par le juge de premi\u00e8re instance pour fixer les dommages-int\u00e9r\u00eats \u00e9tait \u00ab\u2009d\u00e9tach\u00e9e de la preuve\u2009\u00bb. Cette m\u00e9thode ne tenait compte ni du nombre d\u2019entit\u00e9s non autoris\u00e9es ni de la fr\u00e9quence de communication de donn\u00e9es. Elle s\u2019appuyait en outre sur une tarification centralis\u00e9e qui n\u2019\u00e9tait pas \u00e9tay\u00e9e par le dossier, et, bien que la Cour d\u2019appel ait port\u00e9 de 44&nbsp;\u00e0&nbsp;65 le nombre d\u2019entit\u00e9s non autoris\u00e9es, la m\u00e9thode n\u2019incluait pas de hausse \u00e9quivalente des dommages-int\u00e9r\u00eats. La Cour a rappel\u00e9 qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9tablir les dommages-int\u00e9r\u00eats avec une exactitude math\u00e9matique, mais que leur montant doit n\u00e9anmoins s\u2019appuyer sur la preuve et correspondre aux violations constat\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Questions express\u00e9ment laiss\u00e9es en suspens<\/h2>\n\n\n\n<p>Bien que la Cour ait fourni des directives tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9es, elle a volontairement remis l\u2019examen de deux questions importantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La spoliation n\u00e9gligente\u00a0:<\/strong> On ignore toujours si la destruction n\u00e9gligente d\u2019\u00e9l\u00e9ments de preuve (et non intentionnelle) peut constituer une spoliation. Le quatri\u00e8me volet du crit\u00e8re\u00a0\u2014\u00a0selon lequel la destruction doit avoir vis\u00e9 \u00e0 nuire \u00e0 l\u2019instance\u00a0\u2014\u00a0sous-entend une exigence d\u2019intention. Cela dit, la Cour a express\u00e9ment d\u00e9clar\u00e9 que d\u2019autres \u00e9tats d\u2019esprit moins fautifs pourraient satisfaire au crit\u00e8re, dans certaines circonstances.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La spoliation en tant que d\u00e9lit distinct\u00a0:<\/strong> La Cour n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 si les tribunaux devraient reconna\u00eetre ou non que la spoliation est un motif de recours en dommages-int\u00e9r\u00eats ind\u00e9pendant du litige principal, quant \u00e0 la destruction de la preuve elle-m\u00eame. Elle a plut\u00f4t abord\u00e9 la spoliation sous l\u2019angle du droit de la preuve, tout en laissant la porte ouverte \u00e0 une \u00e9ventuelle \u00e9volution du principe.<\/p>\n\n\n\n<p>Les tribunaux de premi\u00e8re instance devront \u00e9galement pr\u00e9ciser comment ils appliqueront la directive de la Cour supr\u00eame. En effet, cette directive exige que les tribunaux prononcent des \u00ab\u2009conclusions de fait concr\u00e8tes\u2009\u00bb au moment de tirer des conclusions d\u00e9favorables dans des affaires o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments de preuve pertinents ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Implications pour les parties<\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame a des r\u00e9percussions pratiques imm\u00e9diates pour les avocats en litige et leurs clients&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Les obligations de pr\u00e9servation sont primordiales.<\/strong> La d\u00e9cision confirme que les parties doivent formuler et respecter des demandes de pr\u00e9servation d\u00e8s qu\u2019on envisage raisonnablement un litige. Le crit\u00e8re en quatre \u00e9tapes d\u00e9montre clairement qu\u2019une destruction intentionnelle de documents en d\u00e9pit d\u2019une demande de pr\u00e9servation remplira presque \u00e0 coup s\u00fbr tous les volets du crit\u00e8re. Les organisations devraient revoir leurs politiques et leurs proc\u00e9dures de pr\u00e9servation de documents li\u00e9s \u00e0 un litige, et les renforcer au besoin.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Les dossiers \u00e9lectroniques comportent un plus grand risque.<\/strong> Les m\u00e9canismes automatiques de suppression des donn\u00e9es de la Bank of New York, qui pr\u00e9voient des p\u00e9riodes de pr\u00e9servation de 30\u00a0jours et de deux semaines, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 suspendus apr\u00e8s la demande de pr\u00e9servation. La d\u00e9cision rappelle que de tels m\u00e9canismes n\u2019excusent pas la destruction de donn\u00e9es lorsqu\u2019il aurait fallu les pr\u00e9server en lien avec un litige. Les parties doivent suspendre rapidement les mesures habituelles de destruction p\u00e9riodique des donn\u00e9es d\u00e8s qu\u2019un litige est pr\u00e9visible.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Les conclusions d\u00e9favorables doivent \u00eatre concr\u00e8tes et rem\u00e9dier \u00e0 de l\u2019information manquante.<\/strong> En reprochant au juge de premi\u00e8re instance d\u2019avoir tir\u00e9 des conclusions \u00ab\u2009faibles et incompl\u00e8tes\u2009\u00bb, la Cour exprime un message sans \u00e9quivoque\u00a0: les avocats et les juges de premi\u00e8re instance doivent formuler des all\u00e9gations et conclusions d\u00e9favorables sous la forme d\u2019\u00e9nonc\u00e9s de fait pr\u00e9cis qui viennent v\u00e9ritablement remplir le vide dans la preuve caus\u00e9 par la spoliation. Il ne suffit pas d\u2019invoquer des conclusions vagues ou incompl\u00e8tes qui ne font que r\u00e9p\u00e9ter les admissions de l\u2019auteur de la spoliation.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Pour que le tribunal conclue \u00e0 la spoliation, la partie doit se concentrer sur les r\u00e9percussions.<\/strong> Pour obtenir une r\u00e9paration appropri\u00e9e et efficace, la partie l\u00e9s\u00e9e doit d\u00e9montrer la port\u00e9e et l\u2019incidence des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9truits. Le simple fait d\u2019\u00e9tablir que des \u00e9l\u00e9ments ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits ne suffit pas. Le tribunal doit avoir en main les renseignements n\u00e9cessaires pour d\u00e9terminer la nature de la conclusion d\u00e9favorable \u00e0 tirer.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>La quantification des dommages-int\u00e9r\u00eats doit reposer sur la preuve.<\/strong> En rejetant l\u2019approche proportionnelle \u00ab\u2009d\u00e9tach\u00e9e de la preuve\u2009\u00bb du juge de premi\u00e8re instance, la Cour envoie un message clair aux demandeurs comme aux d\u00e9fendeurs. Une m\u00e9thode arbitraire ou insuffisamment justifi\u00e9e de calcul des dommages-int\u00e9r\u00eats ne survivra pas \u00e0 l\u2019examen d\u2019une cour d\u2019appel, m\u00eame lorsque les vides dans la preuve r\u00e9sultent de la faute de l\u2019autre partie. Les tribunaux peuvent accorder des sommes importantes lorsque les faits le justifient, mais ils ne peuvent pas \u00e9tablir des indemnit\u00e9s non appuy\u00e9es par le dossier.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un regard vers l\u2019avenir<\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame marque un tournant important en proc\u00e9dure civile et en droit de la preuve au Canada. En d\u00e9finissant un crit\u00e8re structur\u00e9 sur la spoliation, en exigeant des conclusions d\u00e9favorables lorsqu\u2019il y a bel et bien spoliation et en confirmant l\u2019\u00e9tendue des pouvoirs r\u00e9parateurs des tribunaux, l\u2019arr\u00eat&nbsp;<em>SS&amp;C Technologies<\/em> renforce de fa\u00e7on notable la protection de l\u2019objectif fondamental de recherche de la v\u00e9rit\u00e9 en justice.<\/p>\n\n\n\n<p>Le message de la Cour ne laisse place \u00e0 aucune ambigu\u00eft\u00e9&nbsp;: quiconque d\u00e9truit des \u00e9l\u00e9ments de preuve pertinents ne doit pas profiter du doute qui en r\u00e9sulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les parties \u00e0 un litige et leurs avocats, la pr\u00e9servation des documents devient plus que jamais un \u00e9l\u00e9ment essentiel dans une strat\u00e9gie de litige et une gestion du risque efficaces.<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous \u00eates partie \u00e0 un litige ou en voyez un se profiler \u00e0 l\u2019horizon, et que vous avez besoin de conseils sur la pr\u00e9servation de la preuve ou sur la gestion des risques de spoliation, communiquez avec <a href=\"https:\/\/www.millerthomson.com\/fr\/expertises\/litige-commercial\/\">un avocat de l\u2019\u00e9quipe Litige commercial<\/a> de Miller Thomson.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans tous les recours civils, la preuve est fondamentale. 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